L’encrage en manga : quels outils choisir ?

D'autres trucs

D'autres trucs

Parmi les multiples étapes créatives par lesquelles doit passer un mangaka, l’encrage est une étape inévitable (comme Thanos, tmts) ! Et pour cause, c’est celle qui laissera son empreinte dans le souvenir des lecteurs.

Et bien souvent à cette étape, on en vient à se demander quels outils utiliser pour réaliser son encrage manga. Ils sont nombreux, les galopins ! Du classique liner au plus indomptable pinceau de calligraphie, il y en a pour tous les goûts. Et au milieu, vient en plus se rajouter l’outil numérique ! Si bien que lorsque l’on débute, on ne sait plus trop où donner de la tête.

Pour tenter de vous démêler les pinceaux (hihi), je vous propose un article consacré aux outils que l’on peut utiliser pour l’encrage en manga. Je me focaliserai principalement sur les outils dits traditionnels et dits aussi “de manga”.

L’encrage, qu’est-ce que c’est ?

Pour choisir un outil correctement, il faut d’abord s’interroger sur l’objectif que l’on cherche à atteindre. Du coup, je vous le demande, l’encrage, qu’est-ce que c’est ? (vous avez une heure – lol).

L’encrage consiste en la mise au propre d’un dessin ou, dans notre cas, d’une page pour qu’elle ait son aspect quasi-définitif (je dis quasi parce que l’on peut toujours rajouter des trames (manga) ou de la couleur (BD ou comics) après l’encrage).

Il va s’agir de repasser sur son esquisse (ou sketch ou rough ou croquis) afin de conserver les seuls traits nécessaires à la compréhension du dessin. Il va s’agir également de créer l’ambiance lumineuse, de détailler le dessin, de lui donner différentes textures, de créer des effets (type lignes de vitesse par exemple) etc.

Quand on encre, on ne dessine plus seulement pour soi, on dessine pour les autres, pour que les autres comprennent ce que nous avons en tête. La page encrée, c’est ce qui va se trouver dans les mains de votre public et qui va donner une identité à votre travail. C’est en grande partie la marque de fabrique, l’identité visuelle, la charte graphique de votre travail à vous. Et pour cause, chaque artiste à sa façon bien à lui d’encrer. 

Extrait de "Übel Blatt" par Etorôji SHIONO
“Übel Blatt” de Etorôji SHIONO
Extrait de "Petit - Les Ogres Dieux" de HUBERT et Bertrand GRATIGNOL
“Petit – Les Ogres Dieux” de HUBERT et Bertrand GRATIGNOL
Illustration de couverture de "Strange #1 - Cléa" par J. Scott CAMPBELL
“Strange #1 – Cléa” de J. Scott CAMPBELL

Mais avant de savoir quel style donner à son encrage, il faut tester différents outils afin de trouver celui avec lequel on se sent le plus à l’aise.

Je vais donc vous présenter un panel d’outils dits « de manga » mais n’hésitez surtout pas à sortir des sentiers battus et à tester d’autres outils que je n’aurais pas listé ici !

Les différentes plumes

En manga, il est traditionnellement utilisé 3 plumes différentes (oui, pourquoi faire simple?!). Je vais vous les présenter par ordre de difficulté de prise en main. Alors quand je dis ça, c’est vraiment dans le cas où vous n’avez jamais utilisé de plumes de votre vie. Si vous êtes déjà un peu familier avec ces outils (par exemple en ayant déjà fait un peu de calligraphie), votre sensibilité à ces trois plumes peut différer de ce que je vous dis là.

La plume SAJI

  • Forme : arrondie, avec le bout légèrement recourbé qui donne une impression de glisse sur le papier, un peu comme les stylos-plumes.
  • Épaisseur de trait : fin à intermédiaire, avec faible variation
  • Souplesse : plume plutôt dure permettant notamment de tracer des traits à l’aide d’une règle
  • Utilisation : généralement, tout ce qui est régulier comme les bâtiments, les objets, les robots ou vaisseaux spatiaux.
  • Idéal pour les débutants
outils d'encrage manga Plume SAJI
Plume SAJI

La plume MARU

  • Forme : tubulaire, pointe fine (attention les doigts lors de la pose sur le porte-plume!)
  • Épaisseur de trait : très fin à intermédiaire, bonne variation
  • Souplesse : plume plutôt souple, justement pour permettre cette variation d’épaisseur de traits
  • Utilisation : tout ce qui est détails (organique ou non, type rainures du bois, motifs d’un vêtements, cheveux, cils, etc.), les hachures (pour l’ombrage et les textures), les effets (lignes de vitesses, lignes de focus, etc.), les petits personnages de l’arrière-plan, bref tout ce qui demande de la minutie.
  • Sa pointe fine rend certains mouvements du poignet difficile à réaliser ; plutôt conseillée pour celles et ceux d’entre vous qui dessinent déjà.
outils d'encrage manga Plume MARU
Plume MARU

La plume G

  • Forme : Large avec encoches sur les côtés
  • Épaisseur de trait : fin à large, très bonne variation
  • Souplesse : plume très souple pour que la variation de l’épaisseur des traits soit effective
  • Utilisation : principalement utilisée sur les personnages (sauf si trop petits dans les cases), mais aussi pour les bulles de dialogues (la variation de l’épaisseur obtenue lors du tracé d’une bulle donne à la bulle un aspect moins figé, plus vivant)
  • Pour artistes intermédiaires à pros.
outils d'encrage manga Plume G
Plume G

Bien sûr, il existe presque autant de façon d’utiliser ces plumes que d’artistes ; ces commentaires sont donc plus des recommandations qu’une marche à suivre à la lettre.

J’aurais du mal à vous dire que la plume MARU est pour le style shōjo et la G pour le style shōnen par exemple, parce que parmi les différents auteurs de manga qui existent, vous trouverez forcément des exceptions, et elles ne sont pas si rares que cela !

"Talli, Fille de la Lune" de Sourya SIHACHAKR
Sourya encre principalement avec la plume SAJI et regardez-moi ce résultat de qualitey *_* !
“Talli, Fille de la Lune” de Sourya SIHACHAKR
Sourya encre principalement avec la plume SAJI et regardez-moi ce résultat de qualitey *_* !
"Le Folkloriste amoureux" d'Eiji OTSULA et Chiharu NAKASHIMA
Nakashima-sensei encrait majoritairement à la plume G (elle est passée au numérique depuis quelques temps) et regardez la finesse des traits !
“Le Folkloriste amoureux” d’Eiji OTSULA et Chiharu NAKASHIMA
Nakashima-sensei encrait majoritairement à la plume G (elle est passée au numérique depuis quelques temps) et regardez la finesse des traits !

Les différentes marques de plumes

Il existe actuellement deux marques principales de plumes pour manga : DELETER et ZEBRA. Toutes deux japonaises, ces marques proposent des plumes qui sont absolument identiques dans leur nom et leur forme ; seule leur composition diffère. J’ai noté toutefois que les DELETER sont meilleur marché que les ZEBRA, et que les ZEBRA sont plus souples que les DELETER.

DELETER propose d’ailleurs le Trial Pen Set composé d’un porte-plume et des trois plumes SAJI, MARU et G : parfait pour faire connaissance avec ces outils sans perdre un rein !

Deleter Trial Pen Set
Un kit de démarrage pour s'entrainer à dessiner des mangas avec une plume à dessin.

ZEBRA ne propose pas la même chose, mais vous pouvez trouver des “recharges” Plume G ou Plume MARU.

En ce qui me concerne, j’aime énormément les plumes MARU et G de ZEBRA, mais je préfère vraiment la plume SAJI de DELETER. Cette préférence provient du fait que la souplesse des ZEBRA convient parfaitement à la façon que j’ai d’utiliser la MARU et la G. Pour la SAJI, je trouve simplement que la DELETER glisse mieux sur le papier que la ZEBRA.

Comme je vous le disais plus haut, testez le matériel avant de faire un choix : tout dépend énormément de l’utilisation que vous en aurez ET de la façon que vous aurez de l’utiliser.

Conservation et entretien des plumes

Pour des plumes neuves, vous n’avez pas grand-chose à faire : elles sont d’office protégées par une légère couche de graisse. Conservées dans leur emballage d’origine, elles peuvent rester dans vos placards indéfiniment (ou presque) attendant le jour sacré où vous tomberez enfin dans le doux plaisir qu’est l’encrage.

Avant la toute première utilisation, nettoyez la plume à l’aide d’un chiffon ou d’un mouchoir en papier afin de la débarrasser de cette couche de graisse qui gênera la glisse de l’encre sur votre plume (les scientifiques pourront vous expliquer la relation compliquée qu’entretiennent la graisse et l’eau…).

Pendant l’utilisation, vérifiez de temps en temps la pointe de votre plume : l’encre (en particulier celle à séchage rapide) contient parfois des sortes de grumeaux (de l’encre sèche) qui se glisse dans la plume et vient gêner la fluidité de votre travail. Dans ce cas, il vous suffit d’essuyer la plume sur votre mouchoir ou chiffon dédié.

Et de façon générale, dès que vous sentez une gêne dans l’utilisation de votre plume, le réflexe à avoir est de l’essuyer et de la retremper dans l’encre.

Après utilisation, privilégiez le nettoyage à sec : bien qu’en métal traité, les plumes ne résistent pas éternellement au contact de l’eau et vous pourriez les faire rouiller prématurément (je vous rappelle que l’encre est à base d’eau déjà…).

Essuyez-les dès que vous avez fini de les utiliser pour enlever l’encre (le mieux étant d’ôter toute trace d’encre, pour la retrouver comme neuve). Si l’encre a déjà séché sur la plume, pas de panique, il suffit de la gratter (moi, je fais ça en mode sauvage avec mes ongles ou la pointe d’un critérium pour les endroits difficiles d’accès, mais toujours au travers d’un mouchoir en papier).

Les porte-plumes

Qui dit plume, dit porte-plume ! Et oui, vous n’allez pas encrer sans ça ! Enfin, vous pouvez essayer, mais bon… moi je déconseille !

Je n’ai pas de recommandations particulières : là encore, il s’agit de trouver celui qui vous convient le mieux.

Il existe différentes marques, dont celles liées au manga qui sont DELETER et TACHIKAWA. Ces deux marques présentent l’avantage de vous proposer un porte-plume sur lesquelles les trois plumes s’adaptent très bien (un grand diamètre pour les plumes SAJI et G, un petit pour la plume MARU) ; du coup, vous pouvez faire un porte-plume pour trois plumes.

Vous pouvez également opter pour un porte-plume de calligraphie qui, pour la majorité d’entre eux, est équipé d’un clip adaptant la prise à la plume insérée. Là aussi, les trois plumes devraient pouvoir s’y adapter sans problème. Mais pensez à les tester avant de les acheter, pour être sûr.e.

Pour ma part, j’utilise des porte-plumes Tachikawa en bois (oui, « des », flemme de changer les plumes du porte-plume, comme j’ai la flemme de changer de liner – je vous en parle plus bas).

Étant donné que je les utilise de plus en plus, je commence à lorgner sur ceux équipés d’une bague en silicone qui offre une meilleure prise et un genre d’ « amorti » pour les doigts : force est de constater que pour une utilisation prolongée, type encrage toute la journée, il vaut mieux privilégier le confort et préserver ses doigts. L’absence d’une telle bague vous oblige à une prise plus ferme, ce qui consiste en serrer plus fort et je vous laisse imaginer le genre de tétanie que l’on obtient lorsque l’on crispe ses doigts toute une journée ^^”… !

Et sinon, vous pouvez toujours commencer votre séance d’encrage par un petit Exercice #1 : Gymnastique des doigts ! Si vous n’avez pas l’habitude de l’encrage à la plume, c’est une bonne première approche.

Les différentes encres

On ne peut pas parler d’encrage sans aborder les différentes encres ! Et bon sang, il y en a un paquet ! Je ne les connais pas toutes malheureusement, mais je pense que vous aurez de quoi faire avec la liste que je vous fournis ci-dessous :

Les encres DELETER

Les encres DELETER sont conçues pour répondre aux besoins des mangakas. Il en existe 6 et elles ont toutes des caractéristiques particulières. Lisez attentivement avant de choisir la meilleure option pour vous !

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Encres DELETER

DELETER Black Ink N°1 – Encre noire standard
DELETER Black Ink N°2 – Encre noire à séchage rapide, compatible avec les marqueurs à alcool et feutres de la gamme Neopiko
DELETER Black Ink N°3 – Encre noire waterproof très pigmentée, parfait pour les gros aplats de noir
DELETER Black Ink N°4 – Encre noire standard waterproof
DELETER Black Ink N°5 – Encre de Chine
DELETER Black Ink N°6 – Encre de Chine à séchage rapide

Tous les pots sont en plastique avec opercule et bouchon à visser ne laissant pas passer l’air.

L’encre KAIMEI

KAIMEI Drawing Sol K 60ml – Encre noire à séchage rapide, résiste bien au gommage. Pot en plastique avec espace pour reposer son porte-plume.

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KAIMEI Manga Ink Black 30ml – Encre noire à séchage rapide, waterproof, résiste au gommage. Pot en verre.

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L’encre PILOT INK

SEIZUYO Drafting ink (emballage noir + gris/vert) – Encre noire à séchage rapide, noir intense, résiste au gommage

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SHOKENYO Document ink (emballage noir + jaune/orange) – Encre noire à séchage rapide, noir intense, résiste au gommage, waterproof, compatible avec les marqueurs à alcool COPIC, NEOPIKO, GRAPH’IT etc.

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Pots en verre pour les deux versions.

Kuru avait fait une petite étude comparative des deux encres dont vous pouvez trouver le résultat en commentaire de la vidéo ci-dessous :

Conservation des encres

Pour conserver toute la qualité de l’encre contenue dans un pot en plastique, le pot doit être consommé dans les 5 à 6 semaines après ouverture. Au-delà, l’encre commence à sécher et s’épaissit (elle descend moins bien sur la plume et l’encrage devient plus difficile) ; il est possible d’y remédier en ajoutant de l’eau mais vous perdrez en profondeur de noir et à force, l’encre sera inutilisable.

Les encres en pot en verre se conservent un peu mieux (je dirais jusqu’à 3 mois après ouverture).

J’utilise l’encre PILOT INK, waterproof ou non. Je trouve qu’elle se conserve mieux de façon générale, qu’elle glisse agréablement sur le papier et le noir me paraît plus intense que les autres encres. Pour ne pas perdre d’encre pendant les périodes où je ne l’utilise pas, je mets tout simplement le pot au frigo. Oui, oui, vous avez bien lu.

Les encres blanches

Et oui, on n’utilise pas seulement de l’encre noire ! Mais à quoi servent les encres blanches ? Et bien soit à effectuer des corrections (personne n’est parfait, pas même le/la meilleur/e dessinateur/ice de tous les temps, et il arrive parfois que l’on dérape, que l’on dépasse, que l’on tâche), soit à effectuer des effets (ciel étoilé par exemple).

Je ne vais pas m’attarder longtemps sur ce matériel, Kuru en a bien parlé dans son article Trouver l’encre blanche idéale pour le manga. Je vais me contenter de vous présenter les principales.

Les encres blanches DELETER

DELETER White Ink N°1 – Encre blanche opaque standard pour les retouches et les effets
DELETER White Ink N°2 – Encre blanche très opaque (plus épaisse), waterproof une fois sèche

Encres blanches N°1 et N°2 DELETER
Encres blanches N°1 et N°2 DELETER

L’encre blanche LION MISNON

MISNON W-20 – Encre blanche opaque pour retouches et effets, pot avec pinceau intégré
MISNON A-18R – Encre blanche opaque pour retouches et effets, pot avec pinceau intégré. Particularité : cette encre est gommable

Encres blanches W-20 et A-18R MISNON LION
Encres blanches W-20 et A-18R MISNON LION

Les liners

Et si les plumes ne sont vraiment pas faites pour nous ?, me demanderez-vous. Et bien, il reste encore l’alternative des liners.

Les marques

FABER CASTELL : la plus abordable, taille de pointe en S, M, L, B, résistance aux marqueurs à alcool acceptable, encre noire plutôt terne, résiste mal au gommage

STAEDTLER : taille de pointe de 0,05mm à 1mm, résistance aux marqueurs à alcool correcte, encre noire correcte mais résiste mal au gommage

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GRAPH’IT : taille de pointe de 0,03mm à 1mm + pointe brush, résistance aux marqueurs à alcool nickel, encre noire de bonne qualité, résiste au gommage

PIGMA MICRON SAKURA : taille de pointe de 0,03mm à 2mm + pointe brush, résistance aux marqueurs à alcool nickel, encre noire de bonne qualité, résiste bien au gommage

COPIC : les plus chers, taille de pointe de 0,05mm à 1mm + pointe brush, résiste évidemment aux marqueurs à alcool , encre noire intense, résiste au gommage.

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En ce qui me concerne, ce n’est pas mon outil préféré : il faut changer de liner dès que l’on veut changer l’épaisseur du trait, leurs pointes s’usent plutôt vite et parfois leurs encres ne sont pas d’un noir assez noir à mon goût. Enfin, ce n’est que mon avis d’utilisatrice et là encore, vous trouverez tout un tas d’artistes qui encrent avec des liners et qui en sont mille fois plus content.e.s que les plumes !

"City Hall" de Rémi GUERIN et Guillaume LAPEYRE
Guillaume encre ses pages avec des liners dont il abime volontairement la pointe pour qu'elles soient biseautées et qu'il puisse avoir un effet "variation d'épaisseur" comme avec les plumes.
“City Hall” de Rémi GUERIN et Guillaume LAPEYRE
Guillaume encre ses pages avec des liners dont il abime volontairement la pointe pour qu’elles soient biseautées et qu’il puisse avoir un effet “variation d’épaisseur” comme avec les plumes.
"RedFlower Stories" de Loui
Loui aime se faire du mal en passant et repassant sur les traits qu'il veut plus épais, et pour les dreadlocks aussi... Aujourd'hui, il travaille en numérique.
“RedFlower Stories” de Loui
Loui aime se faire du mal en passant et repassant sur les traits qu’il veut plus épais, et pour les dreadlocks aussi… Aujourd’hui, il travaille en numérique.

Les différents papiers

Lorsque l’on travaille en traditionnel (« tradi » pour les intimes), le papier a tout aussi son importance que les autres outils. Et c’est une importance non négligeable ! En effet, un papier mal ou non adapté vous donnera un résultat non souhaité ou médiocre.

Par exemple, encrer à la plume sur du papier à grain (ce que vous appelez communément le papier “Canson”) : si vous expérimentez, vous trouverez certainement le résultat intéressant. Le grain du papier provoquera un accrochage systématique avec la plume, donnant des traits « sautés » et/ou des projections d’encre.

Cependant en manga, on va choisir la précision. L’art japonais consiste majoritairement en le fait d’exprimer même une idée complexe avec le moins de traits possible. Il faut donc être le plus efficace et en même temps économe possible. Le moins pouvant le plus. Le manga donc, n’échappe pas à cette façon de réfléchir les formes et le mangaka va donc tenter de tracer « le » bon trait, celui qui suffit à faire comprendre le dessin. Et c’est là que moi, je parle de précision.

Ainsi, en manga, nous allons privilégier les papiers épais à surface lisse, à l’image du Bristol par exemple. L’épaisseur du papier va pouvoir à la fois supporter les passages multiples de la plume et absorber l’encre ; la surface lisse va permettre à la plume de glisser et d’offrir une expérience de tracé fluide et naturelle à l’utilisateur.

De fait, tout papier ayant ces caractéristiques suffisent.

L’époque numérique a permis d’ajouter un plus aux papiers dits « manga » : les marges d’impression. Ces lignes bleues, continue, graduée et pointillée, permettent au mangaka de situer correctement ses cases sur le papier et de préparer en amont la future impression à grande échelle de son travail. C’est pourquoi elles sont bleues : le bleu étant la couleur la moins visible à la photocopie/reproduction.

Je peux donc vous présenter trois marques de papiers. Il en existe peut-être d’autres, mais elles échappent à ma connaissance.

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CLAIREFONTAINE Manga Paper

Kuru vous présente la gamme Manga Paper de Clairefontaine plus en détail ici.

Il existe en trois épaisseurs : 55g, 100g et 200g ; et en trois tailles : A5, A4 et B4

Manga storyboard : papier 55g, prévu pour le sketch (croquis) des planches uniquement, trop fin pour de l’encrage.

Manga illustration : papier 100g, prévu pour les illustrations car dépourvues des fameuses marges bleues.

Manga Multi-technique /Planches : papier 200g, avec marges, nickel pour encrer ses pages.

Avantage : Clairefontaine étant une marque française, vous êtes sûr.e.s de pouvoir trouver ce papier en France ! En plus, il a été créé en partenariat avec Kuru, que vous connaissez ici pour ses nombreux articles, tips et autres infos super utiles 🙂 !

Inconvénient : À mon goût, les marges imprimées sur le papier multi-technique sont trop épaisses, elles manquent de discrétion en comparaison de celles présentent sur le papier Deleter et IC.

Clairefontaine Manga Paper
Choisissez parmi 2 formats et 3 finitions votre papier pour dessiner les mangas !

DELETER Manga paper

Pour en savoir plus sur Le Papier manga DELETER, je vous invite à lire l’article de Kuru où elle vous dit tout ce qu’il y a à savoir sur le papier de cette marque !

Avantage : Même s’il est moins épais que le Clairefontaine (135g ici contre 200g), le papier DELETER remplit parfaitement son rôle de papier dit « manga » et vous offre une très bonne expérience d’encrage.

Inconvénient : C’est un papier japonais, il ne se trouve pas dans les grandes chaînes type Rougier & Plé, le Géant des Beaux Arts ou Cultura. Préférez les petites boutiques spécialisées qui importent parfois ce papier, ou des sites de vente sur internet.

IC Manga paper

Il existe en deux épaisseurs : 110g et 135g, et en deux tailles : A4 et B4.

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Avantage : La qualité est encore meilleure que le papier Kent de chez DELETER (genre votre plume glisse sur ce papier comme un patineur artistique sur une patinoire fraîchement préparée) !

Inconvénient : Je ne l’ai pas encore vu vendu en France, ce produit est purement japonais. Évidemment, qui dit qualité dit prix : il est plus cher. Les marges sur ce papier diffèrent un peu de celles du Deleter et du Clairefontaine : mieux vaut s’assurer que vous ayez assez de papier pour faire vos pages pour ne pas avoir à jongler entre les différentes marges.

IC Manga Manuscript Paper A4 110KG IM-10A
Un papier japonais pour dessiner ses planches de manga.

Conservation et conseils

Quel que soit votre choix, du papier reste du papier : il ne se stocke pas dans un endroit humide, il ne doit pas être plié (la marque du pli se verra au scan) et s’il bouloche pendant votre encrage, c’est que vous vous êtes un peu trop énervé.e à cet endroit !

Vous pouvez bien entendu utiliser le format que vous souhaitez, mais je déconseille de dessiner des pages sur du A6 (c’est plus petit que la page du manga imprimé…). Et les marges ne sont pas obligatoires sur papier si votre objectif est avant tout de créer pour vous !

Ma préférence va au format de papier B4 : c’est le même format que celui utilisé par les mangaka japonais (#fangirl) et la surface réelle de dessin équivaut à un A4, ce qui ne m’a pas trop changé du format sur lequel je dessinais auparavant.

J’utilise indifféremment le papier Deleter et le papier Clairefontaine. J’ai bien un paquet de papier IC que j’ai ramené d’un voyage où vous savez, mais je n’ose pas l’utiliser (syndrome du « non mais j’utiliserai ce papier de fou que lorsque j’aurais le niveau ! »)

Je vous invite à suivre ce lien pour en savoir plus sur comment entretenir son matériel de dessin.

Autres outils

Comme je vous l’expliquais en début d’article, même si traditionnellement, l’encrage des pages de manga se fait à la plume, ce n’est pas une règle absolue.

S’il doit y avoir une règle, c’est celle qui vous permet d’utiliser l’outil avec lequel vous vous sentez le plus à l’aise.

Pinceaux

Oui, certains artistes fou furieux pleins de talent utilisent le pinceau de calligraphie (chinoise ou japonaise) pour encrer leurs pages. Je ne sais pas si un manga complet encré uniquement avec cet outil existe, mais je peux vous dire que Takehiko Inoue, pour le manga Vagabond, utilise régulièrement le pinceau. Le rendu est juste fou, je ne peux que vous inviter à aller y jeter un œil.

Pinceaux de calligraphie - différentes tailles
Pinceaux de calligraphie – différentes tailles
Pinceau à recharge d'encre ("Fude-pen")
Pinceau à recharge d’encre (“Fude-pen”)
"Vagabond" de Takehiko INOUE
Seul le visage a été encré à la plume. Tout le reste est au pinceau.
“Vagabond” de Takehiko INOUE
Seul le visage a été encré à la plume. Tout le reste est au pinceau.

Stylo bille

Oui, stylo bille. Je n’ai pas encore croisé de manga encré au stylo bille, donc je n’ai pas d’exemple à vous fournir, mais je sais que quelqu’un avec peu de moyens fait ça quelque part et j’ai hâte de tomber sur ce travail !

À titre personnel, il m’arrive régulièrement d’utiliser le stylo bille pour dessiner et le rendu est tout aussi agréable que le crayon, le liner ou la plume. Allez-y, essayez, vous verrez !

Bellatrix Lestrange - Fanart réalisé au stylo bille par Maylis
Bellatrix Lestrange – Fanart réalisé au stylo bille par Maylis

Logiciels informatiques

Bien sûr, beaucoup d’artistes se sont mis à l’encrage numérique. Avec Photoshop, Clip Studio Paint, Paint Tool Sai, Procreate et d’autres dont le nom m’échappe, il est possible d’obtenir des résultats bien convaincants.

Personnellement, l’encrage numérique ne me convient pas : je perds le naturel et la spontanéité que m’offre l’encrage tradi. Peut-être parce que je me dis que si je me rate, il y a toujours possibilité de recommencer (alors qu’en tradi, tu peux recommencer, mais c’est ch**** et moi, je suis flemmarde à la base).

Si je ne me trompe pas, Yûsuke Murata, le dessinateur de One-Punch Man, fait du tout numérique, du sketch à l’encrage.

C’est peut-être parce que mon œil y est sensibilisé, mais il me semble clair que dans la double-page ci-contre, l’encrage est numérique.

Extrait de "One-Punch Man" par ONE et Yûsuke MURATA
C'est peut-être parce que mon œil y est sensibilisé, mais il me semble clair ici que l'encrage est numérique.
Extrait de “One-Punch Man” par ONE et Yûsuke MURATA

Conclusion

Cet article touche à sa fin. J’espère que vous en savez un peu plus sur les différents outils qui s’offrent à vous pour réaliser l’encrage de vos planches de manga. Il ne tient plus qu’à vous de vous lancer (pas trop loin) : choisissez-en un, testez-le et si ça ne vous convient pas, changez, combinez, expérimentez.

Dans tous les cas, dites-vous qu’un bon encrage ne vient pas en une fois, mais à force de répétition, de tests et d’échecs.

Dans un prochain article, je vous parlerai plus en détail de l’encrage à la plume : comment les tenir, comment les positionner sur le papier, les petits trucs et astuces, les effets, etc. pour que vous vous sentiez rapidement à l’aise avec ce formidable outil dans vos mains !

À bientôt !

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Maylis
Mangaka en autoédition depuis 2020 et formatrice en manga depuis plus de 8 ans, le manga, vous l'aurez compris, fait partie intégrante de ma vie ! Je tiens la majeure partie de mon savoir technique de plusieurs sources dont Eiji OTSUKA, Nao YAZAWA et Chiharu NAKASHIMA, et, concernant le dessin, suis majoritairement autodidacte. Bref, un vrai couteau-suisse quoi ! Aujourd'hui, j'ajoute à mon arc (arc, couteau, faudrait choisir...) la corde du mangakoaching on line ! En route pour une nouvelle aventure !

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