Impression Couleur : Comprendre le CMJN

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Vous vous êtes lancés dans la création d’une BD en couleur et vous souhaitez la faire imprimer. Vous avez lu beaucoup de messages d’artistes déçus par les impressions et vous avez peur de pleurer le jour où vous recevrez votre BD imprimée ? Cet article est là pour vous expliquer comment fonctionne le passage de l’écran au papier et pour vous aider à scanner et imprimer votre projet de BD.

La dernière fois, je vous expliquais comment scanner et retoucher une page de manga en noir et blanc. L’article d’aujourd’hui vous donnera toutes les clés pour comprendre ce qu’il se passe quand vous scannez et imprimez une image en couleur. Vous pourrez ainsi faire les meilleurs choix au moment de travailler sur votre projet. Vous allez voir, c’est quelque chose !

Comprendre la gestion des couleurs sur ordinateur

Je ne vais pas vous le cacher : scanner et retoucher une image en couleur pour l’imprimer en ayant exactement le résultat recherché, c’est compliqué. Même les pros ont des déconvenues, alors ne vous flagellez pas trop si les couleurs ne ressortent pas comme vous l’aviez prévu à l’impression.

Mais la vraie question, c’est pourquoi est-ce que c’est aussi difficile d’avoir les bonnes couleurs à l’impression ?

Le mode colorimétrique

Vous avez peut-être entendu parler de mode RVB et de mode CMJN, sans trop savoir ce que c’était, à part « le cauchemar des artistes ». Les modes colorimétriques, ce sont des manières de reconstituer une image en couleur, deux « langues » différentes.

Le mode RVB (rouge-bleu-vert) ou RGB en anglais

Décomposition des différentes couches d'une image couleur en RVB
Le RVB (rouge, bleu, vert) correspond aux couleurs composant la lumière de votre écran. En étant plus ou moins intenses et en se superposant, elles permettent de nombreuses nuances.

Le RVB est basé sur la synthèse additive, que vous avez sans doute vu à l’école. En envoyant des lumières rouges, bleues et vertes, on peut recréer de nombreuses couleurs.

  • Si on additionne une lumière rouge avec une lumière bleue, on a du magenta.
  • Si on additionne du vert et du rouge, on obtient du jaune.
  • Si on additionne du vert et du bleu, on obtient du cyan.
  • Et si on met les trois ensemble, on obtient… du blanc.
  • Le noir est obtenu et éteignant toutes les lumières.

C’est ce mode colorimétrique qui est utilisé pour tous les écrans, que ce soit un ordinateur, une télévision ou votre téléphone portable. Si vous vous amusez à le regarder à la loupe, vous verrez ces petites lumières tricolores.

Gros plan d'un écran laissant apparaître les pixels et les diodes permettant l'éclairage en RVB
Sur cette photo en gros plan d’un écran, vous pouvez voir les blocs de pixels. Chacun d’eux est composé de ces 3 lumières : si elles sont éteintes, le pixel reste noir. Si elles s’allument toutes, le pixel devient blanc !

Chaque pixel est composé de trois diodes, qui peuvent envoyer un signal avec 256 paliers différents, de la lumière maximum au noir total, ce qui fait un total de 16,7 millions de nuances possibles !

Le mode CMJN (cyan-magenta-jaune-noir) ou CMYB en anglais

Décomposition d'une image en CMJN pour montrer les différentes couches de couleur
Le CMJN est composé de 4 couleurs qui, en se superposant à l’impression, permettent d’imprimer en couleur. En haut, les 4 couches, en bas, le résultat de leur superposition.

Contrairement au mode RVB, le mode CMJN, composé des couleurs cyan, magenta, jaune et noir est celui utilisé pour l’impression. Il est basé sur la synthèse soustractive : au lieu d’envoyer une ou plusieurs lumières, c’est la lumière absorbée par les encres qui reconstitue une couleur et le blanc est celui du papier (ou autre support).

  • En mettant de l’encre magenta et du jaune, on obtient du rouge.
  • En mettant de l’encre jaune et cyan, on obtient du vert
  • En mettant de l’encre magenta et cyan, on obtient du bleu
  • En théorie, en mélangeant ces trois couleurs, devrait obtenir du noir. en pratique, ça donne une sorte de marron foncé. Pour cette raison, on complète avec de l’encre noire.

Ces deux modes colorimétriques se complètent mais ne fonctionnent pas du tout de la même façon. Comme une langue étrangère, certaines couleurs auront un équivalent fidèle, et d’autres couleurs seront « intraduisibles ».

L’affichage du CMJN sur ordinateur

Le CMJN est un format plus lourd que le RVB (une couche de couleur supplémentaire). Si le CMJN est indispensable à l’impression de documents au format papier, le mode RVB reste celui dans lequel s’expriment tous les écrans. Ne vous servez pas du CMJN pour tout, vous aurez des soucis.

Le CMJN n’est pas du tout fait pour un affichage sur le web ! Votre navigateur n’est pas fait pour le convertir en RVB, il affichera des couleurs saturées, complètement déréglées, et parfois ne pourra même pas le lire ! Pour un usage en ligne, reprenez votre image d’origine et enregistrez une copie en RVB que vous pourrez partager en ligne sans soucis.

En revanche, n’y touchez pas si c’est un document que vous envoyez à un imprimeur. Cela peut faire peur de voir son image avec des couleurs bizarres (une fois enregistrée sur un drive par exemple) mais les couleurs d’impression seront celles que vous avez vues sur votre logiciel, et pas l’horrible fluo que vous affiche votre navigateur !

Si vous voulez publier une BD en ligne ET l’imprimer en couleur, pensez bien à préparer des versions différentes avec le mode colorimétrique adapté pour chacune.

Les limites du CMJN

Avec 4 couches de couleur au lieu de 3, on pourrait penser qu’on peut créer davantage de couleurs… mais en réalité, c’est plutôt l’inverse qui se produit, pour plusieurs raisons :

  • L’encre noire sert à compenser le fait qu’un mélange des trois encres primaires ne permet pas d’obtenir un noir satisfaisant. Ce n’est pas vraiment une couleur en soi.
  • Chaque encre peut être imprimée de 0 à 100 %, mais une imprimante ne va pas imprimer les 4 couleurs à 100 %. Déjà, ça ne servirait à rien puisque notre œil percevrait les mélanges comme du noir. Ce serait du gaspillage d’encre et enfin le papier serait détrempé et risquerait de ne pas sécher, de faire des traces ou même de se disloquer. La plupart des machines limitent le taux d’encrage aux alentours de 250 %. On est donc loin des 100x100x100x100 nuances possibles !
  • La limitation des couleurs vient aussi du mélange des encres. Vous avez déjà essayé de mélanger deux couleurs en peinture, puis trois, puis quatre ? Plus on mélange des couleurs, plus on risque d’avoir quelque chose de terne, opaque et terreux. C’est difficile d’avoir une couleur intense et lumineuse en mélangeant des pigments. La luminosité donnée par le blanc du papier disparaît. C’est pour cette raison qu’il est impossible d’avoir les teintes les plus intenses de vert (cyan+jaune) d’orange (jaune + rouge) et de bleu (cyan+rouge) de son écran avec de la quadrichromie.

Astuce : Désactiver les couleurs non imprimables

Si vous dessinez directement sur ordinateur, vous pouvez désactiver les couleurs non imprimables sur Photoshop, pour être sûr de n’utiliser que des couleurs qui peuvent être reconstituées par le mode CMJN. Ce sera un peu frustrant sur le coup, mais vous aurez beaucoup moins de perte de qualité lors de l’impression couleur de votre BD.

Désactivez les couleurs non imprimables  sur Photoshop pour dessiner en toute tranquillité !
Photoshop permet de masquer les couleurs non imprimables (qui apparaissent en gris) en allant dans le menu « affichage » ou avec le raccourci « Maj+Ctrl+Y »

D’autres modes d’impression…

Pour limiter ce problème, d’autres procédés d’impression ont été inventés, comme l’hexachromie (6 couleurs au lieu de 4) qui ajoute 2 encres supplémentaires pour pouvoir imprimer plus de nuances intermédiaires. Cette impression est plus rare et plus chère à cause du travail supplémentaire. Elle sera difficile d’accès pour un auteur de BD en auto-édition.

Nuancier Pantone.
Aperçu d’un nuancier Pantone : chaque couleur proposée correspond à une encre de leur catalogue.

Il existe aussi les encres Pantones, qui ont un large nuancier et sont beaucoup utilisés en standard dans le graphisme. Elles élargissent le champ des couleurs imprimables avec de nombreuses nuances, des encres dorées, fluo, etc… mais leur utilisation est, là aussi, bien plus rare et coûteuse que la quadrichromie.

Bref, vous l’aurez compris, il est possible de faire beaucoup de belles choses en impression couleur… mais ce n’est pas à la portée de toutes les bourses !

Les profils colorimétriques

Liste des profils colorimétriques sur Photoshop
La liste des profils colorimétriques est longue sur Photoshop, et il en existe plein d’autres !

Le mode colorimétrique, vous voyez à peu près ce que c’est, mais votre futur imprimeur vous a peut-être parlé de profils colorimétriques (ou de profil ICC), vous laissant paniqué comme un renard pris dans les feux d’une voiture. C’est quoi ça encore ? Quelle est la différence entre mode colorimétrique et profil colorimétrique ? C’était pas assez compliqué comme ça ?

Si le mode colorimétrique était une langue, le profil colorimétrique serait ses variantes : Le français parlé en France n’est pas le même qu’au Canada ou en Suisse. De la même manière, les profils colorimétriques sont des variantes d’un mode comme le CMJN ou le RVB.

Deux images auront beau être en CMJN, si elles ont deux profils colorimétriques différents, elles n’auront pas exactement le même espace de couleur (on appelle ça le gamut). Celui-ci varie selon les machines, et les profils colorimétriques permettent de s’adapter à différents standards.

Comparaison de différents espaces colorimétriques RVB et CMJN
Les frontières de différents profils colorimétriques

Le profil colorimétrique permet aussi d’intégrer d’autres détails très techniques, comme le taux d’encrage ou des réglages automatiques pour adapter à l’impression sur différents papiers. (Vous verrez peut-être les mentions « coated paper » ou « uncoated » qui correspondent à des papiers couché ou non couché). Vous n’avez pas besoin de connaître tous les détails, ce qui compte, c’est d’envoyer le document en CMJN avec le profil colorimétrique demandé.

Une fois que vous aurez choisi un profil colorimétrique, Photoshop va vous permettre d’afficher sur votre écran une simulation « au plus proche » du résultat à l’impression. Malgré tout, pensez bien que cela ne reste qu’une transcription !

Les conversions et variations de l’image à l’impression

Le changement de mode colorimétrique

Changer de mode colorimétrique avec Photoshop
Vous pouvez changer de Mode de couleur dans le menu Image/Mode/Couleur, mais vous n’aurez pas accès aux profils et autres réglages. A moins que vous vouliez conserver vos calques, je vous conseille de passer par une autre méthode dont je vous parlerai plus loin.

Vous l’avez compris, un gros enjeu du scan et de l’impression couleur, c’est celui de la traduction des couleurs en différentes langues (différents profils colorimétriques). Imaginez :

  • Vous avez votre dessin au format papier (CMJN, donc)
  • Vous le scannez, avec un scanner qui convertit automatiquement en RVB (hé oui, le scanner fonctionne en envoyant des rayons lumineux, des trois couleurs et en mesurant ce qui lui revient)
  • Vous travaillez à l’ordinateur avec une image affichée en RVB, même quand elle est enregistrée en CMJN
  • Quand vous l’imprimez, elle est de nouveau en CMJN

Vous vous êtes déjà amusés à faire des traductions automatiques en chaîne sur google ? Si c’est le cas, vous pouvez imaginer les dégâts que peuvent faire des conversions répétées sur une image !

Il est donc important de limiter les aller-retours d’un mode colorimétrique à l’autre au minimum pour éviter de dégrader vos couleurs !

Les variations d’affichage

Trois écrans différents, trois réglages qui n’ont rien n’a voir.

En plus de ces changements de mode colorimétrique, il y a aussi une variation de couleurs d’un écran à l’autre, que vous avez sûrement remarqué : en voyant des télés côte-à-côte dans un magasin, ou en comparant une image sur votre ordinateur et votre téléphone, etc… Vous n’avez aucun moyen de savoir si votre image s’affichera de la même manière chez vous, chez votre imprimeur, chez votre copain…

De la même manière que les écrans, les scanners auront un rendu différent d’une marque à l’autre, d’un modèle à l’autre, et variera au cours du temps.

Astuce : Prenez garde au « mode nuit »

Vous utilisez le mode nuit de votre ordinateur ou un logiciel comme f.lux qui diminue la lumière bleue de votre écran ? C’est très bien de reposer vos yeux, mais n’oubliez pas que les couleurs affichées ne seront plus du tout fidèles. Pensez bien à désactiver l’application quand vous travaillez sur les couleurs de votre image.

Les variations d’impression

Comparaison entre image à l'écran et deux impressions aux couleurs différentes.
Différents imprimeurs, différents résultats ! Même en envoyant le même fichier, il y aura toujours des variations de couleurs !

La couleur de l’écran varie d’une machine à l’autre, mais ça ne s’arrête pas là ! Du côté de l’imprimeur, on a aussi beaucoup de variables. Selon :

  • Les machines utilisées
  • Leurs réglages
  • Les encres utilisées
  • Le papier (certains vont être plus ou moins blancs, plus ou moins absorbants, plus ou moins brillants, donnant des rendus très différents)
  • Le climat (si si, ça aussi ça joue !)

Le résultat sera différent. Bon, je pense que vous l’avez compris, à ce stade : avoir quelque chose de parfaitement parfait, c’est impossible.

Ce que vous pouvez faire pour préparer au mieux l’impression de votre BD couleur

La perfection absolue est difficile à obtenir, mais vous avez quand même beaucoup de solutions pour avoir des couleurs plus fidèles, sachant que tout le monde n’a pas forcément la même exigence. Par exemple, on peut aimer avoir des couleurs plus intenses que sur le dessin original, ou préférer avoir quelque chose d’extrêmement précis.

Certaines démarches pour maîtriser le résultat vous coûteront du temps et/ou de l’argent. C’est à vous de faire la part des choses entre ce qui vous tient vraiment à cœur et ce qui vous importe moins pour trouver votre propre équilibre.

Voyons maintenant les solutions pour vous éviter des déconvenues. Elles sont nombreuses, vous n’aurez sans doute pas les moyens de tout faire… et ce n’est pas grave.

Les choix à faire en amont.

La première chose sur laquelle vous avez intérêt à être attentif, c’est le dessin lui-même : si vous voulez scanner et imprimer votre image, évitez les peintures métallisées (que votre scanner ne pourra pas reproduire joliment), les médiums brillants (qui risquent de faire des reflets parasites) ainsi que les couleurs fluos (qui ne seront pas imprimables).

Outils à éviter pour scanner et imprimer un dessin
Si votre but est d’imprimer des dessins ou une BD, abandonnez les paillettes, les fluos et les encres dorées… Elles vous causeront bien trop de soucis !

Par exemple, certaines couleurs de Copic se scannent difficilement (j’ai eu le problème avec un orange très vif qui ressortait rouge au scan). Pour éviter ces soucis, vous pouvez faire un nuancier de toutes vos couleurs et le scanner pour voir s’il y a des nuances qui posent problème. Vous le saurez et vous pourrez les éviter.

Quelle que soit la technique, avant de travailler sur un gros projet, n’hésitez pas à faire des tests de couleur pour vérifier le rendu que permet votre scanner et vous éviter d’avoir à trop retoucher pour avoir une impression couleur satisfaisante.

Astuce : Utiliser un banc photo

Si vous tenez vraiment à utiliser des mediums qui posent problème avec votre scanner, une alternative est d’utiliser un banc de reproduction ou banc-photo. C’est une installation qui permet de prendre en photo votre dessin ou page de BD avec une bonne qualité d’image, et elle donnera un meilleur résultat sur ces choses difficilement reproductibles (luminosité des peintures métallisées, couleurs fluo, etc…)

Exemple de banc photo

Vous en retrouverez chez certaines reprographes, n’hésitez pas à vous renseigner (c’est assez cher par contre). Si vous avez un très bon appareil photo à disposition et du temps devant vous, vous pouvez tenter de faire une installation similaire chez vous. Attention, régler votre appareil photo et retoucher l’image vous demandera beaucoup de maîtrise et de travail !

Étalonner son matériel

Tout à l’heure, je vous parlais des variations de couleur d’une machine à l’autre, que ce soit un écran, une imprimante ou un scanner… La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des outils qui permettent de régler son écran, son imprimante ou son scanner : il s’agit des sondes colorimétriques.

Comme on accorde un instrument de musique pour que tout le monde ait le même « La », une sonde colorimétrique permet de régler sa machine pour que l’écran envoie un signal correspondant exactement à celui qu’il est censé transmettre, pour que l’imprimante sorte exactement la nuance qu’elle est censée imprimer, bref, pour avoir la bonne couleur.

La sonde commence par comparer et enregistrer les différences entre la couleur qu’est censé afficher l’écran et celle qu’elle affiche réellement (on appelle ça l’étalonnage). Ensuite, elle crée un profil ICC spécialement pour votre ordinateur (on appelle ça la caractérisation). Une fois le profil installé, votre logiciel enverra automatiquement les coordonnées corrigées d’une couleur, permettant un affichage des couleurs beaucoup plus fidèle.

Vous pouvez acheter une sonde si vous pensez vous en servir souvent, mais ça a un certain coût (comptez 100 euros minimum). Je vous conseille vivement d’essayer d’en emprunter une si vous pouvez (beaucoup de photographes en possèdent une) et de bien vous renseigner avant si vous voulez en acheter !

Drafty est un mauvais élève, qui n'a pas calibré son écran d'ordinateur !
Vous pouvez vivre sans avoir un écran calibré… mais dites-vous que c’est un risque que vous prenez d’avoir des couleurs peu fidèles ! Soyez-en conscient.

Convertir avec les bons réglages

S’il y a une seule chose à retenir, c’est celle-ci : Faites attention à bien convertir votre document en CMJN, en choisissant le profil colorimétrique qui convient à votre imprimeur.

Fenêtre "convertir en profil" sur Photoshop
En allant dans le menu « Editer » de Photoshop, vous trouverez (tout en bas) l’option « convertir en profil » qui vous permettra d’ouvrir cette fenêtre et de choisir vos réglages.

Selon votre objectif et votre logiciel, vous pouvez travailler directement en CMJN (comme sur Photoshop) ou rester en mode RVB et convertir au moment de l’export (comme sur Clip Studio Paint). C’est à vous de voir avec quoi vous êtes le plus à l’aise (personnellement, je préfère travailler directement en CMJN, je trouve ça plus pratique pour les retouches).

Dans tous les cas, vous aurez la possibilité de choisir entre différents modes de conversion (oui, encore un terme technique), qui feront varier le résultat. On ne pense pas forcément à passer par ce petit menu, mais je vous le conseille fortement !

Les modes de convertions sur photoshop, et ou les trouver
Au moment de convertir votre image, pensez à choisir votre mode de conversion !

Puisque le passage du RVB au CMJN est une traduction dans une autre langue, reprenons cette métaphore ! Vous avez déjà regardé un film doublé et sous-titré dans la même langue ? Si c’est le cas, vous aurez remarqué qu’il y a souvent de grosses différences entre les deux… en effet, un doublage doit s’adapter le plus possible au mouvement des lèvres des acteurs, alors qu’un sous-titre ne cherchera pas à reproduire le rythme et permettra une traduction plus fidèle au fond du texte.

Pour le mode de conversion, c’est pareil ! Vous pouvez convertir de différentes manières selon l’image d’origine et vos priorités.

Comparaison des différents modes de convertion sur un dessin digital.
Tests comparatifs d’un dessin digital et des différents modes de conversion. Le rendu le plus fidèle à l’original est l’avant-dernier : la Colorimétrie relative.
  • Le mode « perception » va corriger automatiquement les couleurs pour un résultat au plus proche de la couleur d’origine
  • Le mode « saturation » va privilégier la luminosité de l’image
  • Le mode « colorimétrie relative » va définir les couleurs les unes par rapport aux autres pour un ensemble harmonieux
  • Le mode « colorimétrie absolue » va conserver les couleurs d’origine, en ramenant automatiquement les couleurs hors gamut (les « intraduisibles ») à la couleur la plus proche

Si vous convertissez un dessin digital, le mode colorimétrie relative (activé par défaut) sera souvent celui qui conviendra le mieux, car elle évitera la rupture de dégradés ou des zones ternes, mais si vous travaillez à partir d’un scan, je vous conseille vivement de tester la colorimétrie absolue ! Vos couleurs seront plus fidèles, et à moins d’utiliser des encres fluos ou pailletées, votre image est déjà proche d’un système CMJN, vous devriez avoir peu de problèmes de nuances non restituées !

Comparaison entre colorimétrie relative et absolue sur une aquarelle scannée
Comparaison entre la conversion CMJN d’un scan d’aquarelle en passant par la colorimétrie relative (à gauche) et la colorimétrie absolue (à droite). La différence est flagrante !

Dans tous les cas, n’hésitez pas à prendre le temps de faire des tests comparatifs pour voir ce qui vous convient le mieux !

Retoucher son image

Comparatif avant/après d'une planche de BD couleur retouchée pour l'impression
Scanner une page BD couleur implique quelques retouches pour un résultat imprimable

Vous l’aurez constaté si vous avez parcouru l’article scanner et retoucher votre page de manga en noir et blanc, une image « brut de scan » nécessitera souvent des retouches pour être imprimable. Les retouches sont au moins aussi importantes si vous travaillez sur une illustration en couleur !

Prenez donc le temps de retoucher les niveaux pour avoir un blanc « propre » et des noirs profonds (les noirs scannés sont souvent un peu ternes). Nettoyez également vos marges, les saletés sur votre image, etc…

Si certaines couleurs sont mal retranscrites par votre scanner, si elles sont trop ternes, trop claires, mal équilibrées, etc… vous pourrez aussi les retravailler à ce moment-là.

Se renseigner sur son imprimeur

Exemple d'échantillons de papier.
Des échantillons permettent d’avoir un aperçu du rendu de l’impression et des différents papiers disponibles (couleur, épaisseur, texture, etc…)

Votre imprimeur est un partenaire de travail, tâchez de vous en faire un allié. Si vous passez par un site, pensez à consulter leurs pages d’aides pour avoir un maximum d’informations. Vous y trouverez souvent des conseils, des instructions, et même des gabarits ! S’il est près de chez vous, allez le voir quand c’est possible pour en savoir plus sur sa manière de travailler.

Dans tous les cas, n’hésitez pas à lui poser des questions pour en savoir plus. Et si vous hésitez, dites-vous que ça l’arrange aussi d’avoir un document bien préparé ! Voici quelques pistes sur ce que vous pouvez faire :

  • Chercher les avis des utilisateurs qui vous diront peut-être que le rendu de l’impression était différent de leur écran (plus sombre, moins jaune, etc…) Cela vous permettra d’en savoir plus sur la qualité, les délais, etc… et vous aidera à choisir chez qui faire imprimer votre œuvre.
  • Demander aux imprimeurs quel profil colorimétrique ils utilisent
  • Demander des échantillons (s’ils en font) pour voir les papiers et le rendu des impressions.
  • Vous renseigner sur la possibilité de faire un « bon à tirer » (BAT)

Demander un « Bon à tirer »

Un bon à tirer, c’est un exemplaire « test » du livre, qui sert justement à vérifier que les couleurs sont fidèles et qu’il n’y a pas de problème d’impression de manière générale. C’est un investissement, mais ça vaut le coup si vous imprimez beaucoup d’exemplaires ou si vous tenez à avoir la main sur le résultat de votre impression couleur.

Attention : De plus en plus d’imprimeurs proposent un « Bon à tirer » digital au format PDF. Cette option peut vous être utile pour vérifier qu’il n’y a pas de problèmes avec le contenu de votre projet comme des textes manquants ou des images de mauvaise qualité, mais ça ne vous servira à rien pour juger du rendu des couleurs à l’impression !

Conclusion

Le sujet est riche et complexe, mais j’espère que cet article vous aura permis d’y voir plus clair dans toutes ces notions autour de la couleur ! Cela vous a peut-être paru compliqué, mais croyez-moi, comprendre ce qui se passe quand vous convertissez ou retouchez une image vous aidera à faire les meilleurs choix pour votre dessin ou BD, et à terme, vous fera gagner beaucoup de temps !

Parce qu’il n’y a pas de théorie sans pratique, la prochaine fois, je vous proposerai un article plus pratique pour montrer les étapes à suivre pour scanner et retoucher une planche de BD en couleur.

D’ici-là, n’hésitez pas à poser vos questions en commentaire !

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Commentaires

  1. Merci énormément pour cet article !

    C’est maintenant beaucoup plus clair pour ma part, et surtout c’est un an de recherche que je retrouve en quelque clic ici alors ça m’aide beaucoup ! xD

    Il est très intéressant !

    1. Merci pour ton commentaire ! J’ai passé beaucoup de temps à me documenter et à découvrir toutes ces ressources, je voulais rendre touts ces infos plus faciles d’accès à d’autres. Du coup je suis ravie de lire que ça t’a aidé à y voir plus clair !

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